Ce thème, je vous le propose en débat.
En sortant la piscine ce matin dans une ambiance chlorée, en ce lundi de Pâque presque estival, j'ai repensé à ce que m'avait dit la guichetière : " Vous ne savez pas? On va être reclassé!" " Eh bien, alors, qui va donner les billets?" "Personne, il y aura un distributeur et des rotateurs comme dans le métro, une personne sera en charge de tout surveiller (...) C'est pour faire des économies."
Oui, je suis d'accord avec "On". Cela va faire des économies. A supposer qu'un poste de guichetier (pardon: "hôtesse de caisse") peut s'élever à 2000€ à côté duquel nous avons un surveillant de baignade, un éducateur sportif, un chef de bassin et une personne en charge de l'hygiène, cela peut monter à 15000€ par mois (généreusement) multiplié par 12, cela fait 170 000 € par an , ajoutons un 13eme mois et nous sommes à 185000€ de masse salariale par an. Comparez avec la somme des services externalisés d'une part (5000€ par mois) et du salaire mensuel d'un surveillant général (2000€), nous sommes à 85000€ par an, avec 13eme mois à 86000€. Les économies sont considérables.
Évidemment c'est moins coûteux, mais est-ce que c'est plus humain? Rien est moins sûr.
En réalité, nous vivons dans une société tellement soumise aux impératifs d'efficacités et "d'objectifs à atteindre" que nous en sacrifions la relation. Les quelques mots échangés, ces riens qui font que la vie peut paraître moins solitaire.
Tous les régimes dictatoriaux ont attaqué la relation. La ville de Genève, à l'époque de Calvin avait monté une police des mœurs chargée de faire des "Visitations" au delà de 9 heure du soir afin de vérifier la bonne tenue morale de ses habitants. Un citoyen était-il convaincu de crypto-catholicisme? Il était envoyé en prison ainsi que toute sa famille qui, l'ayant su ne l'avait pas dénoncé. Cette époque a laissé des traces profondes chez les habitants de cette ville.Créer la suspicion entre les voisins est une façon efficace de combattre la relation même privée, afin d'imposer son pouvoir.
Plus proche de nous, dans "Parler de Dieu est dangereux" (ed. 1985, Desclée de Brouwer) Tatiana Goritcheva reporte une scène d'interrogatoire au siège du KGB: "Quand, il y a 10 ans, on m'avait pour la première fois interrogé (...) j'avais découvert avec terreur que la plupart des questions n'avaient pas été directes, avaient visé autre chose. Par exemple, on m'avait demandé l'adresse de V.F. que j'avais donnée en pensant que le KGB pouvait se renseigner de toute façon. Or l'enquêteur avait voulu savoir à quel point nous étions liés (...)" Cette intellectuelle Russe, dont la conversion au christianisme, dans les année 70 avait réveillé la suspicion des autorités soviétiques, décide alors de choisir le silence. Dans cet exemple on voit comment ce qui est attaqué dans la relation c'est cette part affective, ce mélange de tendresse, de commune vision du monde, peut-être de séduction, mais dont la recette relève de l'irrationnel, de l'inexplicable. Pourquoi aime-t-on cela plutôt qu'autre chose? Au fond, on ne sait pas. C'est cette part d'inexplicable qu'un régime rationaliste veut soumettre à la raison. Il y a des causes à tout et, derrière toutes les causes, il y a l'homme et pour combattre ces causes aliénantes de notre liberté (celle de vivre sans cause), il faut combattre l'homme. Le rationalisme soviétique est anti-humaniste. L'auteur conclu : "Pourquoi cette tension? On trouvera cela ridicule, mais le plus dur est l'interdiction d'aimer".
Cette dernière citation peut servir de socle d'ailleurs à tout ce qui a été dit avant et ce qui va être dit maintenant, un peu comme le moine copiste qui trace le premier caractère du texte dicté, au milieu de la page.
Loïc Boltanski et Ève Chiapello dans "Le Nouvel Esprit du Capitalisme" (réédition 2007) démontrent que la société de mai 68 au noms de valeurs "artistiques" de créativité et d'individualité a substitué à une société autoritaire fondée sur le principe d'obéissance, une société réticulaire fondée sur le principe d'épanouissement individuel. Mais c'est pour mieux critiquer cet état de fait - et je le soutiens d'ailleurs - car, en effet, la société réticulaire se veut libérée des contingences du passé. L'homme se définit par un réseau de relations qu'il contribue à étendre. Mais le réseau n'est pas une relation car le lien n'est fondé que sur l'intérêt - exemple: trouver du travail - Le réseau est proche (la famille) ou lointain (relations extra-professionnelles), inné ou acquis il est sans cesse soumis à un objectif utilitariste qu'est l'épanouissement individuel du "moi". Mais "qui suis-je"? C'est alors que le système en contradiction flagrante avec ses principes propose un modèle idéal typique d'un homme créatif qui connaît ce qui le rend heureux. En conséquence, chaque échec lui est imputé à cet être du nouveau capitalisme. Lorsque la réussite n'est imputable à soi et non à l'autre pourquoi la partager? A lors on est heureux avec ses succès, on est triste avec ses défaites, mais... tout le monde s'en fou. Si Pascal disait "Le Moi est haïssable" ses descendants répondent 'Le Moi est aimable...en prison."
En conclusion, je dirai que la société actuelle soumise aux impératifs libéraux est une menace pour la relation. Au nom de l'efficacité économique on substitue à la relation de l'homme à l'homme celui de l'homme à la machine, au nom de la raison, on jette le soupçon pour atteindre l'homme dans sa vie privée. Pour échapper à ce carcan on rend l'homme responsable de son bonheur.
J'invite les économistes et les penseurs à se poser la question:
- Comment reconstruire la confiance entre les entreprises et les travailleurs après tant d'année de précarité?
- Comment éviter la tyrannie économique de l'efficacité et du moindre coût?
- Enfin au lieu de penser en terme de valeur à imposer, qu'elles sont les valeurs qu'il faut libérer?
lundi 25 avril 2011
mercredi 2 mars 2011
"Extension du domaine de la manipulation" Michela Marzano
L'exploration de l'aliénation au travail ne peut faire l'obstacle de cet ouvrage intéressant de Michela Marzano "Extension du domaine de la manipulation" dont le sous titre: "De l'entreprise à la vie privée" nous renseigne d'avantage sur le sens.
Selon l'auteur, l'aliénation au travail, dans l'entreprise contemporaine aurait changé de nature à la faveur du passage d'une entreprise autoritaire et paternaliste à une entreprise totalitaire.
Dans le premier modèle d'entreprise, qui existe encore aujourd'hui, la notion du bien et du mal est dictée par en haut. Le message est claire, le travailleur aliène sa personne au profit de l'employeur. Sa façon de travailler, la cadence etc...sont fixées par la nécessité de réaliser des gains de production. L'employeur est l'ennemi commun contre lequel la communauté des ouvriers se solidarise. Simon Weil, la philosophe en a fait l'expérience. Cette solidarité est nécessaire pour ne pas se sentir "humilié".
Dans l'entreprise totalitaire, l'ennemi n'est plus déterminé avec précision. Ce glissement a été favorisé par une atténuation de l'autorité dans une société post-68. Du taylorisme, fonctionnant sur la contrainte extérieure et imposé par un contre-maître, nous sommes passés au toyotisme, où la contrainte vient du groupe. Aujourd'hui nous sommes dans un modèle encore plus individuel. L'individu est appelé à se manager lui-même, de façon parfaitement autonome afin de devenir lui-même. Pour cela, l'entreprise totalitaire lui propose un coaching, pour être lui-même c'est-à-dire authentique. Elle proposera aussi des chartes éthiques, pour que l'employé ait le sentiment qu'il travaille pour une organisation pourvoyeuse de sens. Enfin, elle lui proposera de développer son "employabilité" pour qu'il puisse facilement réaliser son "projet professionnel".
Mais ces moyens mis à disposition sont accompagnés d'un double langage. L'entreprise valorise l'autonomie et l'authenticité de la personne, mais les objectifs de profits restent les mêmes. Les chartes éthiques apportent du sens? Mais, l'éthique de ces chartes vise à conformer l'individu aux impératifs financiers. En bref, un comportement éthique est un comportement économiquement bénéfique pour l'entreprise. En réalité, l'entreprise prétend que la réussite économique de l'entreprise est la base même de l'épanouissement du salarié. L'entreprise totalitaire ne considère pas l'homme pour ce qu'il est mais pour ce qu'il représente pour l'entreprise: une unité de production dont le solde doit toujours rester positif. Mais, alors que l'entreprise autoritaire ne demandait pas le consentement du salarié à cet asservissement, l'entreprise totalitaire veut ce consentement. Elle s'immisce ainsi dans l'intimité de chacun de ses membres pour "favoriser" ce consentement. Dès lors, certains salariés ne peuvent se dégager des obligations de leur travail une fois rentrés chez eux. L'entreprise développe l'employabilité? Mais c'est pour préparer le salarié à la fin de sa relation de travail. En cas de crise, l'entreprise aura renvoyée sur le marché un travailleur "employable", elle aura donc rempli son contrat moral.
Cette extension du domaine de la manipulation (et du management) se fait en s'appuyant sur un langage culpabilisant pour le salarié puisqu'il est rendu responsable de ses réussites et de ses échecs. Sinon, pourquoi le coaching? L'individu est aujourd'hui perçu comme "pouvant tout faire", un individu qui veut se réaliser, être lui, qui connaît ses désirs. C'est un être fort, un titan. Il est en même temps perçu comme extrêmement fragile. C'est un individu nomade, en quête de son identité. Il a intériorisé les dires des jansénistes et des puritains: "le moi est haïssable" (Pascal). Cyniquement, ses passions incontrôlées servent la richesses des peuples. La réussite ou l'échec, il ne le doit pas à lui-même et quand bien même ce serait le cas, ils reflèteraient sa part haïssable. L'individu isolé est plus que jamais tout puissant et impuissant. Privé d'ennemi, privé de figure d'autorité (même imparfaite) il ne peut que s'en vouloir à lui-même. Il alterne entre l'être et le néant, inconsistant. Il n'y a plus d'altérité, il est seul. Ce système est fondamentalement pervers et asservissant.
Dans cette optique, la culpabilisation est insoutenable lorsque les épaules sont trop faibles pour le porter. Mais la tentation est forte de faire les choses sans l'homme. Au fond, le dernier obstacle au profit c'est l'homme. Or il a été établit (et c'est ce que tente de démontrer l'auteur) que la loi du marché est bonne mais l'homme est mauvais. S'il faut choisir entre les deux? Cela est fait.
Selon l'auteur, l'aliénation au travail, dans l'entreprise contemporaine aurait changé de nature à la faveur du passage d'une entreprise autoritaire et paternaliste à une entreprise totalitaire.
Dans le premier modèle d'entreprise, qui existe encore aujourd'hui, la notion du bien et du mal est dictée par en haut. Le message est claire, le travailleur aliène sa personne au profit de l'employeur. Sa façon de travailler, la cadence etc...sont fixées par la nécessité de réaliser des gains de production. L'employeur est l'ennemi commun contre lequel la communauté des ouvriers se solidarise. Simon Weil, la philosophe en a fait l'expérience. Cette solidarité est nécessaire pour ne pas se sentir "humilié".
Dans l'entreprise totalitaire, l'ennemi n'est plus déterminé avec précision. Ce glissement a été favorisé par une atténuation de l'autorité dans une société post-68. Du taylorisme, fonctionnant sur la contrainte extérieure et imposé par un contre-maître, nous sommes passés au toyotisme, où la contrainte vient du groupe. Aujourd'hui nous sommes dans un modèle encore plus individuel. L'individu est appelé à se manager lui-même, de façon parfaitement autonome afin de devenir lui-même. Pour cela, l'entreprise totalitaire lui propose un coaching, pour être lui-même c'est-à-dire authentique. Elle proposera aussi des chartes éthiques, pour que l'employé ait le sentiment qu'il travaille pour une organisation pourvoyeuse de sens. Enfin, elle lui proposera de développer son "employabilité" pour qu'il puisse facilement réaliser son "projet professionnel".
Mais ces moyens mis à disposition sont accompagnés d'un double langage. L'entreprise valorise l'autonomie et l'authenticité de la personne, mais les objectifs de profits restent les mêmes. Les chartes éthiques apportent du sens? Mais, l'éthique de ces chartes vise à conformer l'individu aux impératifs financiers. En bref, un comportement éthique est un comportement économiquement bénéfique pour l'entreprise. En réalité, l'entreprise prétend que la réussite économique de l'entreprise est la base même de l'épanouissement du salarié. L'entreprise totalitaire ne considère pas l'homme pour ce qu'il est mais pour ce qu'il représente pour l'entreprise: une unité de production dont le solde doit toujours rester positif. Mais, alors que l'entreprise autoritaire ne demandait pas le consentement du salarié à cet asservissement, l'entreprise totalitaire veut ce consentement. Elle s'immisce ainsi dans l'intimité de chacun de ses membres pour "favoriser" ce consentement. Dès lors, certains salariés ne peuvent se dégager des obligations de leur travail une fois rentrés chez eux. L'entreprise développe l'employabilité? Mais c'est pour préparer le salarié à la fin de sa relation de travail. En cas de crise, l'entreprise aura renvoyée sur le marché un travailleur "employable", elle aura donc rempli son contrat moral.
Cette extension du domaine de la manipulation (et du management) se fait en s'appuyant sur un langage culpabilisant pour le salarié puisqu'il est rendu responsable de ses réussites et de ses échecs. Sinon, pourquoi le coaching? L'individu est aujourd'hui perçu comme "pouvant tout faire", un individu qui veut se réaliser, être lui, qui connaît ses désirs. C'est un être fort, un titan. Il est en même temps perçu comme extrêmement fragile. C'est un individu nomade, en quête de son identité. Il a intériorisé les dires des jansénistes et des puritains: "le moi est haïssable" (Pascal). Cyniquement, ses passions incontrôlées servent la richesses des peuples. La réussite ou l'échec, il ne le doit pas à lui-même et quand bien même ce serait le cas, ils reflèteraient sa part haïssable. L'individu isolé est plus que jamais tout puissant et impuissant. Privé d'ennemi, privé de figure d'autorité (même imparfaite) il ne peut que s'en vouloir à lui-même. Il alterne entre l'être et le néant, inconsistant. Il n'y a plus d'altérité, il est seul. Ce système est fondamentalement pervers et asservissant.
Dans cette optique, la culpabilisation est insoutenable lorsque les épaules sont trop faibles pour le porter. Mais la tentation est forte de faire les choses sans l'homme. Au fond, le dernier obstacle au profit c'est l'homme. Or il a été établit (et c'est ce que tente de démontrer l'auteur) que la loi du marché est bonne mais l'homme est mauvais. S'il faut choisir entre les deux? Cela est fait.
jeudi 17 février 2011
"Valeur sûre" de Stephen GREEN (ed 2010)
L'ouvrage paru en 2010 (éditions: Communio) intitulé "Valeur sûre" dans sa traduction française et ayant comme sous-titre: "réflexions sur l'argent et la morale dans un monde incertain" a comme auteur le Président du prestigieux groupe bancaire HSBC, diacre anglican.
Pour celui qui s'intéresse à l'économie autant qu'à la morale, cet ouvrage ne peut que réveiller sa curiosité. D'abord, est-ce qu'un Président de banque et diacre va s'exprimer d'avantage comme un banquier ou plutôt comme un clerc? Quelle position va-t-il choisir entre Mammon et Dieu? Va-t-il tenir un langage mercantiliste ou plutôt spirituel?
L'ouvrage est agréablement illustré d'exemples nombreux tirés de l'Histoire comme des événements actuels. De jolies citations d'auteurs principalement anglais viennent agrémenter les titres.
Du point de vu des valeurs, l'auteur commence fort et ce n'est pas pour déplaire. Selon lui, on assiste au cours des cinquante dernières années à une vive accélération de cette perte de certitude. Frankle y voit quelque chose qui mène inévitablement à deux névroses compensatoires: la volonté de puissance (où l'argent n'est, en réalité qu'une manifestation) et la volonté de plaisir (dans laquelle le sexe devient une obsession). C'est le malaise propre et généralisé d'une société qui a dépassé le stade pour la survie.
La société d'abondance dans laquelle nous vivons a pour effet (volontaire ou pas) de taire la conscience et, de par les facilités que procure le monde, de permettre à l'homme de vivre à la surface des choses sans se poser la question du sens. Du moins, l'homme contemporain attend que le sens lui vienne d'ailleurs mais il est incapable de le trouver en lui. Dans la pièce "En attendant Godot" (de God = Dieu en anglais) de Samuel Beckett, Godot ne vient pas. De même, dans "Le désert des Tartares" de Dino Buzzati les ennemis ne viennent jamais, et le protagoniste au lieu de mourir sur le champs d'honneur, meurt piteusement dans une auberge au bord de la route, une mort sans gloire, insensée comme sa vie d'ailleurs qui n'était qu'une interminable attente. (Mais ceci est un ajout du blogueur!) Une époque donc qui oublie la question du sens.
Cet oubli du sens est facilité par la chute des grandes croyances populaires notamment dans le progrès, la conscience de notre imperfection et notre capacité d'espérer à toute épreuve. "Une espérance aussi étrange que le mal". L'auteur nous invite à chercher le sens "dans nos commencements". Il s'agit de revenir "chez nous" en nous-même. Il faut aussi combattre notre tendance au cloisonnement qui nous pousse quelque fois à commettre des horreurs en récitant Faust de Goethe. Ce cloisonnement est un refuge pour échapper à l'ambiguïté de notre nature humaine et aux questions de conscience qu'elle pose.
La suite de l'ouvrage est un développement de ces points essentiels abordés et agencés de façon particulière. L'auteur développe par la suite, de façon chronologique, les phases d'expansion de l'humanité invitée à se répandre sur toute la surface de la terre, et aujourd'hui, la phase de la convergence de l'humanité. A ces deux phases correspondent des défis particuliers. La phase d'expansion a buté sur le péché des constructeurs de la Tour de Babel. Au lieu de conquérir toute la terre, les hommes ont préféré se regrouper pour construire une Tour qui leur permettrait de rejoindre Dieu directement. Dans la deuxième phase, l'auteur montre que, historiquement, l'accroissement des échanges économiques n'a pas systématiquement correspondu à l'exportation de la paix dans le monde. En s'appuyant sur Teilhard de Chardin, l'auteur tente de nous faire comprendre l'importance de cette convergence humaine. Mais je dois dire qu'il est préférable d'avoir lu Teilhard de Chardin avant. L'homme sort de son étroitesse individualiste et matérialiste vers l'établissement d'une relation avec ses semblables plus spirituelle et fondée sur la notion de "personne". La mondialisation, un processus irréversible selon l'auteur, doit se comprendre ainsi et non comme conduisant vers un choc des civilisations vision réductionniste et matérialiste d'un Samuel Huntington.
Dans le chapitre III "Le grand bazar de la mondialisation", l'auteur tente de comprendre le rôle de l'argent dans le processus. Est-ce que l'argent a été considéré comme un simple moyen "l'huile qui permet au rouage du commerce de tourner" (David Hume 1741) ou "la racine de tous les maux"? (Saint Paul)
Un exposé historique nous fait passer de l'attitude de refus catégorique de l'usure par l'Église catholique, refus reposant sur un compromis accepté par les riches - n'aimant pas l'effet déstabilisateur du commerce - et les pauvres, les premières victimes. Puis, dans le monde protestant, Jean Calvin lève l'interdiction pesant sur l'usure en affirmant qu'il y a une place au paradis pour les usuriers. Adam Smith va permettre l'accession du monde du commerce et de la finance au même niveau inattaquable de moralité que le monde naturel. Edmund Burke ira jusqu'à déclarer "Les lois du commerce sont les lois de la nature, et par conséquent les lois divines" faut-il en déduire que l'expansion de la liberté dans le monde se fera par le commerce? L'auteur ne porte pas de jugement définitif, c'est un fait, le développement du commerce correspond à un instinct de survie de l'humanité inscrit dans le fond des âges préhistoriques. Le sens vient après. Chacun fait partie d'un tout.
S'ensuit de belles pages sur l'atomisation des relations, l'aliénation qui donne ce sentiment de "solitude au milieu de la foule". La brisure des liens entre les hommes qui "d'harmonieux deviennent antagonistes" (Marx) fait regretter la supposée communion romantique de l'homme avec la Nature dans une société largement urbanisée. Dans le roman d'Albert Camus "l'Etranger" (1942), le protagoniste Meursault s'efforce de construire un système individuel de valeurs pour répondre à la disparition des anciennes. Conséquence, il vit dans un état d'anomie (perte totale de conviction et d'objectif) qui le conduit vers une mort certaine. Dans Steppenwolf (1927) Hermann Hesse décrit l'homme contemporain comme un "loup au milieu des steppes" c'est-à-dire un homme obsédé par le sentiment d'être inadapté au monde au vu et au su de tous soit des gens ordinaires. L'homme est coincé entre son animalité et son humanité incapable de réconcilier les deux. Bref, l'individualisme contemporain est arrivé à son terme l'homme ne peut plus se suffire à lui-même.
L'auteur ensuite analyse la crise de 2008, liée, comme toutes les autres, à un optimisme trop grand dû à une nouvelle technologie. On découvre le péché d'hybris qui consiste à rechercher désespérément à être reconnu et admiré même s'il faut utiliser des moyens illégaux comme vendre des actions d'une compagnie qui n'existe pas. Je ne vais pas aller en détail sur ce point. Il est vrai qu'au moment de la crise, l'auteur rappelle que les dirigeants des pays en voie de développement ont été très critiques à l'égard de l'Occident l'accusant de ne pas avoir inscrit le développement dans une vision. L'absurdité de la culture capitaliste actuelle fondée sur la nécessité de faire de l'argent est la cause première de sa chute. Selon l'auteur nous aurions cédé à la tentation de cloisonner entre la morale et l'économie.
Pour finir, si l'auteur s'exprime davantage comme un diacre au début de son livre avec néanmoins une impressionnante référence à l'inépuisable culture anglaise non religieuse, il s'exprime d'avantage comme un homme d'affaire vers la fin. La ligne de partage entre l'Argent et Dieu n'est pas toujours évidente. En effet, son attachement à la culture du "marché" semble quelque fois donner l'impression que l'Économie a envahi le champ de la morale et non l'inverse. Sa réflexion spirituelle est plutôt pauvre vers la fin, ainsi nous apprenons que "la domination des mers par la marine britannique a permis la fin de l'esclavage dans les colonies à la fin du XIXe siècle". Il semble dans ces lignes céder à la tentation d'expliquer que le commerce génère le progrès humain. L'économie passe avant l'homme. En effet, c'est grâce à l'efficacité des bateaux anglais qu'il a été possible de se passer économiquement des esclaves. Je rappelle que l'abolition de l'esclavage s'est fait en France en 1848 parce que l'on considérait les esclaves comme des hommes et non pour des raisons mercantilistes. Très pragmatique, l'auteur souligne une tendance naturelle de l'homme à répartir les richesses généralement parce qu'il est broyé par la mauvaise conscience, au pire parce qu'il considère que c'est une bonne façon d'investir. Ensuite, comme pour se justifier l'auteur cite Saint François d'Assise "parce que c'est en donnant que l'on reçoit", mais cette raison arrive en dernier. On voit donc que l'auteur reste influencé par les explications utilitaristes benthamiennes. Or, ne faut-il pas se défaire complètement de ces conceptions lorsque l'on recherche les vrais valeurs sous-jacentes qui unissent l'humanité? Attention à l'édulcoration!
Pour celui qui s'intéresse à l'économie autant qu'à la morale, cet ouvrage ne peut que réveiller sa curiosité. D'abord, est-ce qu'un Président de banque et diacre va s'exprimer d'avantage comme un banquier ou plutôt comme un clerc? Quelle position va-t-il choisir entre Mammon et Dieu? Va-t-il tenir un langage mercantiliste ou plutôt spirituel?
L'ouvrage est agréablement illustré d'exemples nombreux tirés de l'Histoire comme des événements actuels. De jolies citations d'auteurs principalement anglais viennent agrémenter les titres.
Du point de vu des valeurs, l'auteur commence fort et ce n'est pas pour déplaire. Selon lui, on assiste au cours des cinquante dernières années à une vive accélération de cette perte de certitude. Frankle y voit quelque chose qui mène inévitablement à deux névroses compensatoires: la volonté de puissance (où l'argent n'est, en réalité qu'une manifestation) et la volonté de plaisir (dans laquelle le sexe devient une obsession). C'est le malaise propre et généralisé d'une société qui a dépassé le stade pour la survie.
La société d'abondance dans laquelle nous vivons a pour effet (volontaire ou pas) de taire la conscience et, de par les facilités que procure le monde, de permettre à l'homme de vivre à la surface des choses sans se poser la question du sens. Du moins, l'homme contemporain attend que le sens lui vienne d'ailleurs mais il est incapable de le trouver en lui. Dans la pièce "En attendant Godot" (de God = Dieu en anglais) de Samuel Beckett, Godot ne vient pas. De même, dans "Le désert des Tartares" de Dino Buzzati les ennemis ne viennent jamais, et le protagoniste au lieu de mourir sur le champs d'honneur, meurt piteusement dans une auberge au bord de la route, une mort sans gloire, insensée comme sa vie d'ailleurs qui n'était qu'une interminable attente. (Mais ceci est un ajout du blogueur!) Une époque donc qui oublie la question du sens.
Cet oubli du sens est facilité par la chute des grandes croyances populaires notamment dans le progrès, la conscience de notre imperfection et notre capacité d'espérer à toute épreuve. "Une espérance aussi étrange que le mal". L'auteur nous invite à chercher le sens "dans nos commencements". Il s'agit de revenir "chez nous" en nous-même. Il faut aussi combattre notre tendance au cloisonnement qui nous pousse quelque fois à commettre des horreurs en récitant Faust de Goethe. Ce cloisonnement est un refuge pour échapper à l'ambiguïté de notre nature humaine et aux questions de conscience qu'elle pose.
La suite de l'ouvrage est un développement de ces points essentiels abordés et agencés de façon particulière. L'auteur développe par la suite, de façon chronologique, les phases d'expansion de l'humanité invitée à se répandre sur toute la surface de la terre, et aujourd'hui, la phase de la convergence de l'humanité. A ces deux phases correspondent des défis particuliers. La phase d'expansion a buté sur le péché des constructeurs de la Tour de Babel. Au lieu de conquérir toute la terre, les hommes ont préféré se regrouper pour construire une Tour qui leur permettrait de rejoindre Dieu directement. Dans la deuxième phase, l'auteur montre que, historiquement, l'accroissement des échanges économiques n'a pas systématiquement correspondu à l'exportation de la paix dans le monde. En s'appuyant sur Teilhard de Chardin, l'auteur tente de nous faire comprendre l'importance de cette convergence humaine. Mais je dois dire qu'il est préférable d'avoir lu Teilhard de Chardin avant. L'homme sort de son étroitesse individualiste et matérialiste vers l'établissement d'une relation avec ses semblables plus spirituelle et fondée sur la notion de "personne". La mondialisation, un processus irréversible selon l'auteur, doit se comprendre ainsi et non comme conduisant vers un choc des civilisations vision réductionniste et matérialiste d'un Samuel Huntington.
Dans le chapitre III "Le grand bazar de la mondialisation", l'auteur tente de comprendre le rôle de l'argent dans le processus. Est-ce que l'argent a été considéré comme un simple moyen "l'huile qui permet au rouage du commerce de tourner" (David Hume 1741) ou "la racine de tous les maux"? (Saint Paul)
Un exposé historique nous fait passer de l'attitude de refus catégorique de l'usure par l'Église catholique, refus reposant sur un compromis accepté par les riches - n'aimant pas l'effet déstabilisateur du commerce - et les pauvres, les premières victimes. Puis, dans le monde protestant, Jean Calvin lève l'interdiction pesant sur l'usure en affirmant qu'il y a une place au paradis pour les usuriers. Adam Smith va permettre l'accession du monde du commerce et de la finance au même niveau inattaquable de moralité que le monde naturel. Edmund Burke ira jusqu'à déclarer "Les lois du commerce sont les lois de la nature, et par conséquent les lois divines" faut-il en déduire que l'expansion de la liberté dans le monde se fera par le commerce? L'auteur ne porte pas de jugement définitif, c'est un fait, le développement du commerce correspond à un instinct de survie de l'humanité inscrit dans le fond des âges préhistoriques. Le sens vient après. Chacun fait partie d'un tout.
S'ensuit de belles pages sur l'atomisation des relations, l'aliénation qui donne ce sentiment de "solitude au milieu de la foule". La brisure des liens entre les hommes qui "d'harmonieux deviennent antagonistes" (Marx) fait regretter la supposée communion romantique de l'homme avec la Nature dans une société largement urbanisée. Dans le roman d'Albert Camus "l'Etranger" (1942), le protagoniste Meursault s'efforce de construire un système individuel de valeurs pour répondre à la disparition des anciennes. Conséquence, il vit dans un état d'anomie (perte totale de conviction et d'objectif) qui le conduit vers une mort certaine. Dans Steppenwolf (1927) Hermann Hesse décrit l'homme contemporain comme un "loup au milieu des steppes" c'est-à-dire un homme obsédé par le sentiment d'être inadapté au monde au vu et au su de tous soit des gens ordinaires. L'homme est coincé entre son animalité et son humanité incapable de réconcilier les deux. Bref, l'individualisme contemporain est arrivé à son terme l'homme ne peut plus se suffire à lui-même.
L'auteur ensuite analyse la crise de 2008, liée, comme toutes les autres, à un optimisme trop grand dû à une nouvelle technologie. On découvre le péché d'hybris qui consiste à rechercher désespérément à être reconnu et admiré même s'il faut utiliser des moyens illégaux comme vendre des actions d'une compagnie qui n'existe pas. Je ne vais pas aller en détail sur ce point. Il est vrai qu'au moment de la crise, l'auteur rappelle que les dirigeants des pays en voie de développement ont été très critiques à l'égard de l'Occident l'accusant de ne pas avoir inscrit le développement dans une vision. L'absurdité de la culture capitaliste actuelle fondée sur la nécessité de faire de l'argent est la cause première de sa chute. Selon l'auteur nous aurions cédé à la tentation de cloisonner entre la morale et l'économie.
Pour finir, si l'auteur s'exprime davantage comme un diacre au début de son livre avec néanmoins une impressionnante référence à l'inépuisable culture anglaise non religieuse, il s'exprime d'avantage comme un homme d'affaire vers la fin. La ligne de partage entre l'Argent et Dieu n'est pas toujours évidente. En effet, son attachement à la culture du "marché" semble quelque fois donner l'impression que l'Économie a envahi le champ de la morale et non l'inverse. Sa réflexion spirituelle est plutôt pauvre vers la fin, ainsi nous apprenons que "la domination des mers par la marine britannique a permis la fin de l'esclavage dans les colonies à la fin du XIXe siècle". Il semble dans ces lignes céder à la tentation d'expliquer que le commerce génère le progrès humain. L'économie passe avant l'homme. En effet, c'est grâce à l'efficacité des bateaux anglais qu'il a été possible de se passer économiquement des esclaves. Je rappelle que l'abolition de l'esclavage s'est fait en France en 1848 parce que l'on considérait les esclaves comme des hommes et non pour des raisons mercantilistes. Très pragmatique, l'auteur souligne une tendance naturelle de l'homme à répartir les richesses généralement parce qu'il est broyé par la mauvaise conscience, au pire parce qu'il considère que c'est une bonne façon d'investir. Ensuite, comme pour se justifier l'auteur cite Saint François d'Assise "parce que c'est en donnant que l'on reçoit", mais cette raison arrive en dernier. On voit donc que l'auteur reste influencé par les explications utilitaristes benthamiennes. Or, ne faut-il pas se défaire complètement de ces conceptions lorsque l'on recherche les vrais valeurs sous-jacentes qui unissent l'humanité? Attention à l'édulcoration!
mercredi 17 novembre 2010
Gestion des ressources humaines dans un monastère bénédicitin
La gestion des ressources humaines intéresse tout type d'organisation même celles qui ne poursuivent pas le profit. Tel est le cas d'un Monastère.
La règle de Saint Benoît nous enseigne sur les éléments qui font une bonne gestion des ressources humaines:
> Une vision (ex: un monde sans faim)
> Un objet (ex: aider à augmenter la production de nourriture)
> Une mission (ex: réduire la faim en formant des agriculteurs)
> Des valeurs (ex: humilité...)
Quelle est la stratégie Ressources Humaines dans un Monastère?
Si pour une entreprise privée la stratégie globale peut-être de poursuivre le profit par l'acquisition de biens terrestres (comme d'autres entreprises), ou le maintien d'une marge de compétitivité, le monastère va tenter de gagner le ciel en accumulant, pour l'organisation comme pour ses membres, des biens qui ne sont pas sur le marché et dont la valeur ajoutée n'est pas, à première vue, perceptible.
En terme de stratégie RH, l'entreprise peut-être tentée de renforcer le recrutement ou de mettre en place une politique de rétention des talents. Le Monastère va avant tout assurer à ses membres une protection contre la société extérieure un peu comme un établissement à financements publics qui regrouperait des chercheurs-fonctionnaires.
Ensuite, le souci est le même. Comment mettre la bonne personne à la bonne place? Car, selon le document qui sert de référence à cet article: "Il faut octroyer les charges aux bonnes personnes afin que la structure atteigne sa performance, permettant l'orientation objective de la Règle". La performance a aussi sa place! Elle est définie plus loin comme: "le maintien dans la durée d'une compétence vive".
Je me permets, à ce stade, un aparté. Autant la performance de l'entreprise est évaluée à l'aune du profit et/ou du chiffre d'affaire, autant la performance de la Règle est évaluée à "l'aune de l'Esprit". La trop grande importance donnée au profit n'est-elle pas une forme de légalisme pharisaïque? Un attachement aveugle à la règle du profit? Au contraire, dans les moments de difficultés le chef d'entreprise ne doit-il pas, avant de faire un plans de sauvegarde de l'emploi (= licenciements collectifs) voir si son recours est pertinent au delà du simple profit? Bref, introduire un peu "d'Esprit" dans sa lecture des événements?
Là est le point le plus intéressant. Il s'agit des qualifications. Les plus importantes sont celles relatives au savoir. Il s'agit de la qualification proprement dite. Arrive en deuxième le savoir-faire : soit la capacité de mettre en œuvre plusieurs qualifications qui ensembles donnent une compétence. Enfin, le savoir-être c'est-à-dire les compétences personnelles. Et voilà que dans un Monastère, l'ordre est inversé. Le savoir-être est la compétence la plus importante il s'agit "d'une disponibilité totale à Dieu", vient ensuite le savoir-faire "savoir accueillir l'autre comme un don de Dieu" et, enfin, le savoir, l'aptitude. En bref, il s'agit du premier commandement "Aime ton Dieu et ton prochain comme toi-même".
Autres éléments originaux, le tutorat dans un monastère prend la forme d'une "prière pour les nouveaux". Toutefois, les Monastères sont aussi confrontés à la génération X qu'ils appellent "la génération du net", "une génération de rêveurs" -sous-entendus : une génération qui n'écoutent pas ce qui ne les intéressent pas, comme les ordres...
Le Manager tient sa légitimité non seulement d'en-haut mais aussi du fait qu'il détient des informations sur tous les moines (il est souvent leur directeur spirituel, ou arbitre leurs litiges). Il faut veiller à ce qu'il ne fasse pas de la détention d'information, par peur du conflit par exemple, et que cela entraîne un climat de non-dit et de suspicion.
En conclusion, Saint Benoît inventeur de la gestion des ressources humaines?
___________________________________________________________________________________
Bibliographie: Bulletin de l'AIM 2010 n°98 (Alliance Inter Monastère)
La règle de Saint Benoît nous enseigne sur les éléments qui font une bonne gestion des ressources humaines:
> Une vision (ex: un monde sans faim)
> Un objet (ex: aider à augmenter la production de nourriture)
> Une mission (ex: réduire la faim en formant des agriculteurs)
> Des valeurs (ex: humilité...)
Quelle est la stratégie Ressources Humaines dans un Monastère?
Si pour une entreprise privée la stratégie globale peut-être de poursuivre le profit par l'acquisition de biens terrestres (comme d'autres entreprises), ou le maintien d'une marge de compétitivité, le monastère va tenter de gagner le ciel en accumulant, pour l'organisation comme pour ses membres, des biens qui ne sont pas sur le marché et dont la valeur ajoutée n'est pas, à première vue, perceptible.
En terme de stratégie RH, l'entreprise peut-être tentée de renforcer le recrutement ou de mettre en place une politique de rétention des talents. Le Monastère va avant tout assurer à ses membres une protection contre la société extérieure un peu comme un établissement à financements publics qui regrouperait des chercheurs-fonctionnaires.
Ensuite, le souci est le même. Comment mettre la bonne personne à la bonne place? Car, selon le document qui sert de référence à cet article: "Il faut octroyer les charges aux bonnes personnes afin que la structure atteigne sa performance, permettant l'orientation objective de la Règle". La performance a aussi sa place! Elle est définie plus loin comme: "le maintien dans la durée d'une compétence vive".
Je me permets, à ce stade, un aparté. Autant la performance de l'entreprise est évaluée à l'aune du profit et/ou du chiffre d'affaire, autant la performance de la Règle est évaluée à "l'aune de l'Esprit". La trop grande importance donnée au profit n'est-elle pas une forme de légalisme pharisaïque? Un attachement aveugle à la règle du profit? Au contraire, dans les moments de difficultés le chef d'entreprise ne doit-il pas, avant de faire un plans de sauvegarde de l'emploi (= licenciements collectifs) voir si son recours est pertinent au delà du simple profit? Bref, introduire un peu "d'Esprit" dans sa lecture des événements?
Là est le point le plus intéressant. Il s'agit des qualifications. Les plus importantes sont celles relatives au savoir. Il s'agit de la qualification proprement dite. Arrive en deuxième le savoir-faire : soit la capacité de mettre en œuvre plusieurs qualifications qui ensembles donnent une compétence. Enfin, le savoir-être c'est-à-dire les compétences personnelles. Et voilà que dans un Monastère, l'ordre est inversé. Le savoir-être est la compétence la plus importante il s'agit "d'une disponibilité totale à Dieu", vient ensuite le savoir-faire "savoir accueillir l'autre comme un don de Dieu" et, enfin, le savoir, l'aptitude. En bref, il s'agit du premier commandement "Aime ton Dieu et ton prochain comme toi-même".
Autres éléments originaux, le tutorat dans un monastère prend la forme d'une "prière pour les nouveaux". Toutefois, les Monastères sont aussi confrontés à la génération X qu'ils appellent "la génération du net", "une génération de rêveurs" -sous-entendus : une génération qui n'écoutent pas ce qui ne les intéressent pas, comme les ordres...
Le Manager tient sa légitimité non seulement d'en-haut mais aussi du fait qu'il détient des informations sur tous les moines (il est souvent leur directeur spirituel, ou arbitre leurs litiges). Il faut veiller à ce qu'il ne fasse pas de la détention d'information, par peur du conflit par exemple, et que cela entraîne un climat de non-dit et de suspicion.
En conclusion, Saint Benoît inventeur de la gestion des ressources humaines?
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Bibliographie: Bulletin de l'AIM 2010 n°98 (Alliance Inter Monastère)
lundi 25 octobre 2010
recherche d'emploi partie 3
Aujourd'hui je me suis réveillé d'excellente humeur. J'ai ouvert mes yeux et j'ai vu le plafond blanc immaculé de ma chambre. Des images circulaient dans ma tête comme des poissons dans une rivière transparente. Eh puis, sans que je me rende compte, une colère immense s'est emparée de tous mes membres. Cela faisait deux semaines que je ne me sentais pas à l'aise avec moi-même, vivant à la surface des choses, à la périphérie de l'essentiel. Un sentiment de solitude démesurée me saisissait. Il n'y a pas pire solitude que celle où nous sommes éloignés de nous même. De façon nostalgique je me souvenais d'une époque où tout était cohérent et simple, où je n'avais pas à me justifier de faire des choses que je ne voulais pas. Appelons cela la dépression. D'autres me dirons que ce n'en est pas une. Mais ce sentiment de culpabilité allié à celui d'impuissance qu'est-ce que cela peut-être, alors ?
Alors, voilà. Une façon de sortir de ce cercle dantesque, décrit ci-dessus, c'est lorsque l'on découvre l'origine du mal et par conséquent le moyen de le guérir. En ce qui me concerne j'ai toujours eu du mal à dire "non". Face aux arguments de la nécessité, de la peur etc j'ai toujours eu du mal à refuser. Ma bonne éducation aidant et ma haine du conflit, m'enferment, contre ma volonté, dans des situations que je n'ai pas choisies. Et à ce moment là je vis les angoisses de l'animal qu'un crocodile attire vers les eaux pour le noyer, de la bête traquée qui s'enfonce dans les marécages, ou de l'alpiniste qui tombe dans une crevasse. Autant s'autoproclamer roi d'un pays sans frontière que d'être incapable de dire non.
Quant on est en recherche d'emploi, on est faible. Il est plus difficile de dire non. Mais en même temps, notre société peut-elle fonctionner sur une partie de la population libre et une autre dissoute dans l'indifférencié, esclave de la nécessité et des ajustements conjoncturels? Non. La raison pour laquelle il y a des exclus et des insérés nous dépasse. N'essayons pas de voir une justice quelconque. C'est comme ça. Tentons de nous affirmer tous les jours un peu plus. Croyons que si nous sommes sur cette terre c'est bien pour réaliser un projet, quelque chose, une façon d'être nous...
Alors, voilà. Une façon de sortir de ce cercle dantesque, décrit ci-dessus, c'est lorsque l'on découvre l'origine du mal et par conséquent le moyen de le guérir. En ce qui me concerne j'ai toujours eu du mal à dire "non". Face aux arguments de la nécessité, de la peur etc j'ai toujours eu du mal à refuser. Ma bonne éducation aidant et ma haine du conflit, m'enferment, contre ma volonté, dans des situations que je n'ai pas choisies. Et à ce moment là je vis les angoisses de l'animal qu'un crocodile attire vers les eaux pour le noyer, de la bête traquée qui s'enfonce dans les marécages, ou de l'alpiniste qui tombe dans une crevasse. Autant s'autoproclamer roi d'un pays sans frontière que d'être incapable de dire non.
Quant on est en recherche d'emploi, on est faible. Il est plus difficile de dire non. Mais en même temps, notre société peut-elle fonctionner sur une partie de la population libre et une autre dissoute dans l'indifférencié, esclave de la nécessité et des ajustements conjoncturels? Non. La raison pour laquelle il y a des exclus et des insérés nous dépasse. N'essayons pas de voir une justice quelconque. C'est comme ça. Tentons de nous affirmer tous les jours un peu plus. Croyons que si nous sommes sur cette terre c'est bien pour réaliser un projet, quelque chose, une façon d'être nous...
dimanche 10 octobre 2010
La recherche d'emploi partie 2
Finalement, la liste de contacts que vous avez fait ne rend pas beaucoup de fruits. Vous faites glisser votre regard sur la liste de noms et vous avez l'impression de les connaître déjà tous, de les avoir "ennuyés" déjà plusieurs fois. Tout est pareil sous le soleil. Vous vous rappelez que telle personne avait fait des pieds et des mains pour vous et vous allez vous pointer à nouveau, nu comme un ver, lui demander des conseils - Il vous a déjà tenu une conférence? lui demander des contacts -mais c'est presque comme s'il vous avais présenté tout son carnet de contacts et sans compter sa famille et sa fille pour laquelle il se fait du souci ? Vous savez donc que l'échange ne peut que être bref.
Eh puis, enfin c'est mon cas, quand on cherche un poste en relations sociales, on imagine au mieux une réunion avec des délégués syndicaux vociférant en usine et au pire une négociation dans les salles de réunions grises où les voix se perdent dans la moquette épaisse et les crissement léger des fauteuils molletonnés, comme on pourrait imaginer dans une...banque?
Au fond, que cherche-t-on lorsque l'on cherche un travail ? Un travail? Ou une tombe? La vérité est que nous acceptons de rentrer dans un moule. Du moins est-ce vrai pour 90% des grandes entreprises. Une façon de s'assurer que la personne rentrera dans le moule c'est d'écrire par exemple sur les profils de postes: "Nous recherchons un RH ayant entre 2 à 5 ans d'expérience". Un: l'expérience. Très bien. L'autre: "Il aura une formation supérieur (Bac+4/Bac+5) en RH" ou "Il aura le niveau bac". C'est le diplôme. Il n'y a pas de débutant en RH. Quand j'en ai vu c'était pour des stages. Mais le diplôme a moins d'importance pour l'instant même si nous pouvons citer historiquement l'"Institut de Gestion Sociale", d'abord, le Conservatoire National des Arts et Métiers, ensuite, dont le Master de GRH a déjà 9 promotions d'ancienneté. (Le Master se fait sur 2 ans donc faites le calcule: environ 18 ans d'existence). Évidemment l'université est rognée dans ce domaine par les Grandes Écoles comme l'ESSEC et HEC et même Science Po qui logiquement ne devrait jamais conquérir la première place puisque l'École n'investit qu'un module. Nous sommes rattrapés, dans les RH par cette manie de donner un ordre hiérarchique et pyramidale à notre système diplômant où, à nouveau, les Grandes Écoles et donc l'État, tiennent le haut du pavé. Au lieu de cette vision étriquée nous devrions avoir une vision harmonieuse de ces différentes écoles et approches des RH. Nous devrions rechercher la musique harmonieuse des disques célestes comme le décrivait Socrate. Ainsi, l'approche des écoles de commerce est très tournée sur la gestion. Celle du CNAM, est davantage tournée sur l'humanisme. Les premières insisteront sur ce qui fait une gestion efficace et efficiente. Le CNAM s'intéressera à ce qui fait naître la cohésion au sein d'un groupe humain. Certainement pas la machine et ni obligatoirement l'efficacité d'un outil de gestion économique. C'est l'incertain psychique qui intéresse le CNAMien. (J'en suis!)
Voici tout pour l'instant. Ces considérations nous permettent de tirer une conclusion générale sur le marché de l'emploi en France. Le marché du travail en France est fondé sur un principe : l'exclusion. Le marché du travail en France fabrique des exclus. Et ce, malgré la course au diplôme.
Eh puis, enfin c'est mon cas, quand on cherche un poste en relations sociales, on imagine au mieux une réunion avec des délégués syndicaux vociférant en usine et au pire une négociation dans les salles de réunions grises où les voix se perdent dans la moquette épaisse et les crissement léger des fauteuils molletonnés, comme on pourrait imaginer dans une...banque?
Au fond, que cherche-t-on lorsque l'on cherche un travail ? Un travail? Ou une tombe? La vérité est que nous acceptons de rentrer dans un moule. Du moins est-ce vrai pour 90% des grandes entreprises. Une façon de s'assurer que la personne rentrera dans le moule c'est d'écrire par exemple sur les profils de postes: "Nous recherchons un RH ayant entre 2 à 5 ans d'expérience". Un: l'expérience. Très bien. L'autre: "Il aura une formation supérieur (Bac+4/Bac+5) en RH" ou "Il aura le niveau bac". C'est le diplôme. Il n'y a pas de débutant en RH. Quand j'en ai vu c'était pour des stages. Mais le diplôme a moins d'importance pour l'instant même si nous pouvons citer historiquement l'"Institut de Gestion Sociale", d'abord, le Conservatoire National des Arts et Métiers, ensuite, dont le Master de GRH a déjà 9 promotions d'ancienneté. (Le Master se fait sur 2 ans donc faites le calcule: environ 18 ans d'existence). Évidemment l'université est rognée dans ce domaine par les Grandes Écoles comme l'ESSEC et HEC et même Science Po qui logiquement ne devrait jamais conquérir la première place puisque l'École n'investit qu'un module. Nous sommes rattrapés, dans les RH par cette manie de donner un ordre hiérarchique et pyramidale à notre système diplômant où, à nouveau, les Grandes Écoles et donc l'État, tiennent le haut du pavé. Au lieu de cette vision étriquée nous devrions avoir une vision harmonieuse de ces différentes écoles et approches des RH. Nous devrions rechercher la musique harmonieuse des disques célestes comme le décrivait Socrate. Ainsi, l'approche des écoles de commerce est très tournée sur la gestion. Celle du CNAM, est davantage tournée sur l'humanisme. Les premières insisteront sur ce qui fait une gestion efficace et efficiente. Le CNAM s'intéressera à ce qui fait naître la cohésion au sein d'un groupe humain. Certainement pas la machine et ni obligatoirement l'efficacité d'un outil de gestion économique. C'est l'incertain psychique qui intéresse le CNAMien. (J'en suis!)
Voici tout pour l'instant. Ces considérations nous permettent de tirer une conclusion générale sur le marché de l'emploi en France. Le marché du travail en France est fondé sur un principe : l'exclusion. Le marché du travail en France fabrique des exclus. Et ce, malgré la course au diplôme.
jeudi 9 septembre 2010
La recherche d'emploi partie 1
Non, ne vous attendez pas, cher lecteur, à une description en règle de "comment il faut chercher un emploi". J'ai sous la main tout ce qu'il faut. C'est-à-dire: un tableau de bord recensant toutes les offres auxquelles j'ai postulées, je mène une veille internet active, dont ce blog est la face émergée de l'Iceberg, je prends mon téléphone, pour savoir ce qui l'est advenu de ma candidature, je rencontre des personnes susceptibles de me donner une piste, je me renseigne sur les "petits boulots" que l'on peut faire à côté, pour ne pas avoir l'impression de se faire écraser par la Roue du Destin, et je sors, parce que l'on m'a dit de "sortir surtout, voir des gens". Tenez, cet après midi je vais me faire balloter par la foule présente au forum de l'emploi "Porte de Versailles". Rien que d'y penser, je n'ai pas le courage.
Le plus dur dans tout ça, c'est le combat moral. Se dire qu'à trente ans, en pleine force de l'âge, on a pas de travail, notre force, notre intelligence ne sert à rien. La France productive peut se passer de vous. Au fond, vous auriez été mort que cela n'aurait pas beaucoup changé. Car, qu'est-ce que vous apportez? Vous? Hein? Rien. Des jeunes gens de trente ans sachant lire écrire et compter, il y en a partout.
De là où je suis, j'ai l'impression d'être un énergumène tentant de pénétrer dans les places fortes verrouillées que sont les entreprises d'aujourd'hui. Ces entreprises visible de loin par leur donjons gratte-ciels, protégées des candidatures spontanées par leurs réservoirs de CV marécageux, défendues par une avant garde de sous-traitants qui vous envoie des réponses comme "Malgré l'intérêt de votre parcours, nous ne pouvons vous proposer ce poste en raison d'un grand nombre de candidature..."
Souvent, d'ailleurs, le principal argument c'est: la loi du nombre. On vit dans une société de consommation où nous sommes submergés par des biens de consommation, et, parmi ces biens, des êtres humains. Il y a trop de travailleurs. Désolé, ce n'est pas qu'on ne vous aime pas mais il y en a d'autres comme vous. L'angoisse.
Sommes nous arrivés à la fin d'un modèle économique productiviste où l'homme est perçu comme un outil au service d'une fin? L'explosion des services, l'évolution de l'offre de biens de consommation (comme les paquets cadeaux), tout semble indiquer que se dont l'homme d'aujourd'hui a besoin, ce n'est pas de possessions mais de sens. On peut obtenir ce que l'on veut, comme on veut mais: Pourquoi? Question spirituelle par excellence.
Mais tout ça ne nous fait pas beaucoup avancer. Chômeur, aujourd'hui, je suis rangé au même rang que les faibles de notre société, moi qui suis fort, je suis au même rang que les vieillards où les petits enfants. C'est dur et incompréhensible. L'impuissance à changer le monde qui nous entoure est un sujet d'accablement pour plus d'un. J'espère que vous me comprenez? Je rêve d'une internationale des chômeurs.
A bientôt,
Le plus dur dans tout ça, c'est le combat moral. Se dire qu'à trente ans, en pleine force de l'âge, on a pas de travail, notre force, notre intelligence ne sert à rien. La France productive peut se passer de vous. Au fond, vous auriez été mort que cela n'aurait pas beaucoup changé. Car, qu'est-ce que vous apportez? Vous? Hein? Rien. Des jeunes gens de trente ans sachant lire écrire et compter, il y en a partout.
De là où je suis, j'ai l'impression d'être un énergumène tentant de pénétrer dans les places fortes verrouillées que sont les entreprises d'aujourd'hui. Ces entreprises visible de loin par leur donjons gratte-ciels, protégées des candidatures spontanées par leurs réservoirs de CV marécageux, défendues par une avant garde de sous-traitants qui vous envoie des réponses comme "Malgré l'intérêt de votre parcours, nous ne pouvons vous proposer ce poste en raison d'un grand nombre de candidature..."
Souvent, d'ailleurs, le principal argument c'est: la loi du nombre. On vit dans une société de consommation où nous sommes submergés par des biens de consommation, et, parmi ces biens, des êtres humains. Il y a trop de travailleurs. Désolé, ce n'est pas qu'on ne vous aime pas mais il y en a d'autres comme vous. L'angoisse.
Sommes nous arrivés à la fin d'un modèle économique productiviste où l'homme est perçu comme un outil au service d'une fin? L'explosion des services, l'évolution de l'offre de biens de consommation (comme les paquets cadeaux), tout semble indiquer que se dont l'homme d'aujourd'hui a besoin, ce n'est pas de possessions mais de sens. On peut obtenir ce que l'on veut, comme on veut mais: Pourquoi? Question spirituelle par excellence.
Mais tout ça ne nous fait pas beaucoup avancer. Chômeur, aujourd'hui, je suis rangé au même rang que les faibles de notre société, moi qui suis fort, je suis au même rang que les vieillards où les petits enfants. C'est dur et incompréhensible. L'impuissance à changer le monde qui nous entoure est un sujet d'accablement pour plus d'un. J'espère que vous me comprenez? Je rêve d'une internationale des chômeurs.
A bientôt,
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